11.07.2006
Tramway : non au choix de Jean-Louis Schneiter
Intervention d’Adeline HAZAN lors du Conseil municipal du 10 juillet 2006
Participation de la Ville au projet de Tramway
APS : un surcoût insupportable pour les Rémoises et les Rémois
Monsieur le Maire, Chers Collègues,
Dans cette délibération, en plus des aménagements urbains prévus dans l’Avant- Projet Sommaire, vous proposez, Monsieur le Maire, d’intégrer dans le contrat de concession, un système d’Alimentation Par le Sol (APS) entre la station Boulingrin et la Comédie, soit une distance de 1 955 mètres.
APS : un système qui n’a pas encore fait ses preuves
L’hypothèse d’un système alternatif à l’implantation d’une ligne aérienne d’alimentation (LAC) avait été envisagée dès l’Avant-Projet Sommaire voté le 28 février 2005.
Deux systèmes alternatifs existent : l’alimentation par le sol ou APS (système qui n’existe actuellement qu’à Bordeaux et dont Alsthom a le monopole) et l'alimentation autonome embarquée (accumulateurs, piles à combustible, super-condensateurs), système maîtrisé par plusieurs entreprises dont Alsthom.
Le “Rapport de présentation de l’Avant-Projet” qui avait été remis à l’ensemble des Conseillers municipaux des communes de l’agglomération analyse les avantages et les inconvénients de chacun des systèmes.
Il est particulièrement édifiant s’agissant des risques que présente le système APS (pages 37 et 38 du rapport).
Je cite les conclusions de ce rapport :
“Aujourd’hui, cette solution présente encore des risques de plusieurs ordres par rapport à la solution classique par ligne aérienne :
- risque technique lié à la sécurité, à la fiabilité et à la disponibilité du système pouvant impliquer un surcoût de maintenance.
. La disponibilité : pas de redondance de la chaîne de captage, système embarqué beaucoup plus complexe qu’un simple pantographe.
. La maintenance : une centaine de boîtiers électromécaniques par km de voie double environ ;
- risque contractuel: les concepteurs de ces systèmes peuvent être attachés à un constructeur de matériel roulant, ce qui réduit la concurrence ;
- risque financier: les coûts d’acquisition sont susceptibles d’être augmentés du fait d’éventuelles mises au point après essais et retour d’expérience. Le manque de concurrence accroît ce risque ;
- risque industriel lié notamment à la dépendance ultérieure à un constructeur propriétaire du système au sol et du système embarqué dans le matériel roulant ;
- risque stratégique: le choix d’un système de captage au sol fige la dimension minimale de toutes les rames ;
- risque sur l’image: aspect psychologique du rail d’alimentation au sol, présence de batterie au plomb en toiture de la rame, risque d’échec semblable à l’image du “tramway sur pneu de Nancy” et celui de Bordeaux (panne pendant l’inauguration, braquage médiatique au moindre incident...).
Il convient d’ajouter les commandes et les asservissements embarqués destinés à la transition de mode aérien / sol, ce qui implique de nouvelles et importantes interfaces”.
S’agissant des éléments de coûts, le rapport soulignait que (p. 37):
“La technologie étant en cours de développement, le coût d’investissement est élevé. Les surcoûts liés à l’exploitation sont difficilement quantifiables, notamment en ce qui concerne l’entretien, le remplacement des coffrets d’alimentation et les modules de commutation au sol (environ 100 contacteurs par km de voie double.
Aucune donnée chiffrée fiable n’a pu être obtenue de Bordeaux.
Cette étude financée par Reims Métropole, à hauteur de 1,8 millions d’euros, était destinée à éclairer la décision des élus de l’agglomération.
Or, au cours de la négociation du contrat le groupement MARS a proposé l’APS, suscitant cette appréciation de votre part que j’extraie de votre rapport (p. 72) : “malgré les difficultés qu’a connues ce système à Bordeaux, lesquelles sont soit résolues, soit en voie de résolution pour la plupart, cette proposition semble constituer une solution adaptée au cas de Reims”...
Cela m’amène à m’interroger sur quoi vous vous appuyez pour affirmer que les problèmes sont résolus (ou en voie de l’être) à Bordeaux ? A quoi à servi l’étude préalable si aucune attention n’est apportée à ses conclusions et avertissements sur le système APS ?
Ce choix est fait sans véritable justification (pourquoi une zone si une grande zone sans LAC ?), et surtout sans que soient levées les objections soulevées dans l’Avant-Projet...
Afin de compléter mon information, je me suis renseignée sur ce qui se passe actuellement à Bordeaux.
Dans le journal Sud Ouest Dimanche 25 juin 2006, j’ai découvert que l’APS est trois fois plus cher à installer qu’une ligne électrique aérienne et 50 fois plus onéreux en fonctionnement.
Dans le journal 20 Minutes, édition du 15 juin 2006, on apprend qu’en mai 2006, la ligne APS de Bordeaux a encore subi 11 h 42 de panne. Peut-on parler de système fiable ?
Ce choix est incompréhensible et il est inacceptable.
Le coût de l’APS est de 17 M€. Cette somme sera payée par la CAR (7 M€) et la Ville (10 M€). Cela signifie que les Rémoises et les Rémois, via leurs impôts locaux, payeront une partie du Tramway ce qui est contraire à vos engagements.
De plus, dans Sud Ouest Dimanche en date du 18 juin 2006, il est indiqué que début juin 2006, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) a passé un accord avec Alsthom aux termes duquel à chaque fois qu’Alsthom vendra son système APS à une autre Collectivité, la Communauté Urbaine de Bordeaux percevra... des royalties ! Comme le dit le Président de la Commission des transports de la CUB: “comme ça on dira beaucoup de bien du système APS pour qu’il se vende“.
L’achat par la CAR avec l’argent de la Ville de Reims du système APS va financer la CUB. Dès lors, on imagine la fiabilité des informations que la CAR a pu prendre auprès de la CUB quant à la fiabilité de l’APS...
APS : un choix inégalitaire
On peut comprendre la suppression des LAC sur le cours Langlet à la demande expresse de l’Architecte des Bâtiments de France, mais sur l’ensemble du centre-ville non ! Sauf à considérer que le centre doit être mieux traité que les autres quartiers de notre ville. Il y aurait alors deux villes, celle du centre où les LAC « défigurent » le paysage et celle des faubourgs et quartiers populaires où il n’est pas grave qu’il y ait des LAC.
Rappelons que dans de nombreux centres historiques de villes européennes, les tramways sont présents et que cela ne gène personne, de même pour les parties commerçantes des villes.
En conclusion, les élus de l’Intergroupe PS-Verts-Divers Gauche, favorables à l’idée d’un tramway, ne peuvent voter en faveur de la participation financière de la ville à l’achat du système APS. Ce système ne fonctionne pas encore à Bordeaux, il sera réservé une fois de plus au privilégiés vivant en centre-ville, il coûtera cher aux contribuables rémois mais rapportera des royalties à la Communauté Urbaine de Bordeaux.
NB : Mireille WOJNAROWSKI et Gérard CROUZET sont intervenus à la suite d'Adeline Hazan, au nom des élus Verts (http://villedereimsautrement.hautetfort.com/archive/2006/...).
Réponse de J.L. Schneiter :
"Vous êtes pour le tramway mais pas pour ce projet...
Le centre-ville va d'Orgeval à la gare de Bezannes. Les premiers 45 millions d'euros sont pour l'ensemble de la ligne, il ne faut pas focaliser sur le centre-ville. Ce n'est pas un projet de tramway mais un projet de requalification urbaine. 75 millions d'euros, ce sont 2,7 années d'investissements de la Ville pour la voirie, mais là, ils sont répartis sur 4 ans. Le réseau (de bus) sera entièrement redessiné et sera dans l'Enquête d'Utilité Publique.
Le tramway va remplacer 1 million de kilomètres de bus, nous y ajouterons 400 000 km supplémentaires de transport en commun (bus).
La ville de Bordeaux ne touchera pas de royalties parce que la signature de la convention est postérieure à l'offre.
Concernant la ligne aérienne de contact (LAC) et autres systèmes, la ville de Nice par exemple à un tramway alimenté par "piles". Cela coûte 5 millions d'euros pour changer les "piles" tous les deux ans. Les "piles" une fois usées, il est difficile de s'en débarrasser. L'alimentation par le sol (APS) est entièrement à la charge du concessionnaire, y compris le coût des fouilles archéologiques.
La charte pour l'emploi n'est pas dans le contrat parce que c'est illégal mais elle sera signée en parallèle avec le contrat.
A Bordeaux, le système APS fonctionne, ils ont essuyé les plâtres. Les charges climatiques sont à la charge du concessionnaire. Dans ce contrat, nous avons exigé 100 % de réussite. En cas de panne, le concessionnaire se verra appliquer des pénalités.
Je ne sais pas qui sera le Maire de Reims en 2008 mais ce sujet est plus important que la politique partisane. Les 75 millions d'euros sont parfaitement justifiés. La sommes est forfaitaire et nette."
En préambule au débat, J.L. Schneiter a apporté quelques précisions sur le financement et sa répartition dans le temps du tramway :
" Sur les 75 millions d'euros, 22 seront payés en 2008, 28 en 2009, 19 en 2010 et 6 en 2011. La répartition est la suivante :
. 45 M€ pour la réfection des voiries sans tram,
. 20 M€ pour la trémie de la gare qui aurait été faite de toute façon, tramway ou non,
. 10 M€ pour l'abandon du LAC (ligne aérienne de contact). L'APS (alimentation par sol) est une demande de la Ville de Reims.
Cette somme est forfaitaire et non révisable."
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