25.10.2006

La fin du cinéma à Reims ???

medium_Gaumont_1.jpgConseil municipal du 23 octobre 2006

Intervention de Serge PUGEAULT

 

Monsieur le Maire, Chers Collègues,

Nous sommes appelés à voter une délibération destinée à soutenir l’opération « Un automne au Ciné ».

Nous la voterons bien entendu avec enthousiasme, mais aussi avec inquiétude.

Avec enthousiasme, parce qu'il est important pour notre Collectivité de soutenir une pratique culturelle populaire. De toutes les pratiques culturelles, le cinéma est sans doute la seule qui aujourd’hui est encore capable de réaliser une véritable mixité sociale et générationnelle.

Mais aussi avec inquiétude : nous pouvons craindre en effet qu’il s'agisse ce soir d'une de nos dernières occasions d'adopter une telle délibération, dans la mesure où  nous pouvons redouter qu'il n'y ait plus dans les prochains mois aucun cinéma à Reims.

Si la menace qui pèse sur l'existence des cinémas Gaumont de la place d'Erlon n'est encore que virtuelle, celle qui concerne l'existence du cinéma Opéra est bien réelle : vous savez comme nous que l'arrêt définitif d’exploitation de ce cinéma est fixé au 31 décembre 2007...

1) La disparition du cinéma Opéra serait pour notre Ville une triple catastrophe :

- catastrophe d’abord au regard de la place que tient cette salle dans l'histoire culturelle rémoise depuis 1923,

- catastrophe ensuite parce que si le cinéma Gaumont d'Erlon fermait lui-même ses portes, la Ville de Reims serait dans cette situation singulière d'être la seule ville de France, et sans doute d'Europe, de cette taille à ne plus compter aucune salle de cinéma. En tout état de cause, même avec les salles Gaumont de la place d'Erlon, le ratio sièges disponibles/habitants sera l'un des plus faibles de France pour une ville de notre taille, sachant que l'accès au Gaumont du Parc Millésime est très difficile pour toute une partie de la population rémoise (principalement les adolescents et plus généralement les personnes dépourvues de moyens de locomotion),

- catastrophe enfin, et peut-être surtout, parce qu'il est inimaginable que Reims, ville universitaire, ville où le TGV arrive demain, ville qui souhaite accueillir des cadres, que Reims, donc, ne dispose plus d’aucune salle d'art et d'essai !

J'ai repris les chiffres du Centre National du Cinéma (C.N.C.).

Toutes les agglomérations de France de plus de 200 000 habitants, sans exception, sont équipées en fauteuils de cinéma art et essai (le raisonnement ne se fait pas par salles, mais par "fauteuils").

Bien mieux, 62,8 % des agglomérations de moins de 10 000  habitants sont équipées en fauteuils art et essai. En 2005, le ratio d’équipement était de 1 fauteuil art et essai pour 150 habitants, ce qui pour une ville comme Reims correspond à un minimum de 1 300 places.

Dans son passé Reims a d'ailleurs connu une activité importante dans le domaine du cinéma art et essai. Beaucoup d'entre nous se souviennent que lorsqu’ils étaient lycéens ou étudiants, ils pouvaient fréquenter le Familial, alors géré par la Maison de la Culture André Malraux , ou l'Atalante, fonctionnant à la MJC Maison Blanche , ou le Studio, vers l'avenue de Laon, voire même l'Ac'cin, place d'Erlon.

Au regard de ce passé qui n'est pas si lointain, la situation actuelle du Cinéma à Reims n'était déjà pas très satisfaisante. Avec la fermeture du cinéma Opéra, elle sera catastrophique.

2) Cependant face à un tel événement, notre Collectivité n'est pas du tout dans la même situation que lorsque qu'elle apprend la fermeture de telle ou telle entreprise.

En effet un Cinéma n'est pas une entreprise comme une autre et le droit offre à une Commune des moyens importants d¹intervention, qu'elle n'a pas pour une entreprise ordinaire.

Ces moyens sont de deux ordres :

- en premier lieu, par dérogation au droit commun, l’article L 2251-4 du CGCT prévoit que les communes peuvent attribuer des aides directes aux salles classées art et essai. Si l'arrêt d'exploitation du cinéma Opéra a une cause financière, s'il s'explique par exemple par le coût nécessaire pour une remise aux normes des salles ou leur modernisation, notre Collectivité a la possibilité d'aider l’exploitant,

- en second lieu et en tout état de cause, dans l'hypothèse où la fermeture de l'Opéra serait inéluctable, il faudrait alors pallier la défaillance de l'initiative privée. Dans un tel cas, il est admis de longue date par la jurisprudence que la création d'une salle de cinéma, notamment d'art et d'essai, par une commune est légitime dans la mesure où elle correspond à un véritable service public culturel. Là encore les chiffres du C.N.C. sont intéressants : 20 % des salles de cinéma en France sont exploitées en régie directe par des Communes; un nombre plus grand encore le sont dans le cadre de délégations de service public.

Nul ne conteste, à juste titre, la nécessité pour notre Collectivité d'assurer le soutien du théâtre, avec la Comédie, de la danse, avec le Manège, de l'Opéra, avec le Grand Théâtre, des musiques actuelles, avec La Cartonnerie.

Le Cinéma est un service public culturel au même titre que les autres, il mérite autant qu'eux notre attention.

Monsieur le Maire, Chers Collègues, nous aurons sans doute prochainement à évoquer à nouveau la création d'une maison de l’Etudiant pour un coût de près de 11 millions d'euros.

Il serait illusoire, et plus qu’illusoire incohérent, de dépenser beaucoup d'argent pour prétendre attirer et retenir les étudiants dans le centre-ville si dans le même temps nous laissions disparaître nos seuls salles de cinémas d'art et essai...

Faisons preuve de volontarisme et pourquoi pas d’audace… sur ce point une suggestion : il y a près de la place du Boulingrin, un bâtiment à l'état de ruine pour lequel vous cherchez désespérément une affectation partiellement culturelle; implanter à cet endroit, dans ce quartier, un cinéma mériterait d'être étudié...

Merci de votre attention

Réponse de M. ROSSI (Adjoint à la culture)) : il partage le point de vue de Serge Pugeault sur le cinéma d'art et d'essai mais trouve ses propos alarmistes concernant les cinémas du centre-ville. Il est vrai qu'au mois d'avril, il a rencontré le propriétaire du cinéma Opéra qui réfléchit à l'opportunité de vendre son patrimoine mais il n'a pas de nouvelles depuis. Et rien ne dit que le Gaumont disparaîtra. Si ça devait arriver, on pourrait négocier des fauteuils art et essai avec le nouveau promoteur et compléter avec la médiathèque.

S. PUGEAULT : un cinéma d'art et essai n'est pas un ciné club. Et pourquoi s'adresser à un promoteur privé ? La Ville est interventionniste dans la musique, la danse et le théâtre, pourquoi pas dans le cinéma ?

J.L. SCHNEITER est prêt à tenter l'expérience. Le jour où les murs seront mis en vente, la Ville pourra toujours préempter et lancer une délégation de service public. Si la Ville achète le cinéma Opéra, c'est pour en faire quelque chose et voir avec qui et comment s'en occuper. Le Maire veut bien faire une étude à ce sujet.

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