04.04.2007

Un budget 2007 qui n'est pas à la hauteur des enjeux

Intervention d’Adeline HAZAN lors du Conseil municipal du jeudi 29 mars 2007

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Monsieur le Maire, Cher-e-s Collègues,

Le budget que vous proposez au vote de notre Assemblée présente cette année une double particularité.

Première particularité, c’est un budget qui s’inscrit dans un contexte difficile pour les finances de notre collectivité. Le rapport klopfer, que nous avons déjà évoqué lors du débat d’orientations budgétaires, a souligné les risques qu’il y aurait pour notre Collectivité à poursuivre sur la voie que vous avez choisie d’emprunter depuis votre élection en qualité de maire.

L’alourdissement continu de la dette et l’augmentation non maîtrisée des dépenses limitent pour l’avenir les capacités d’action et de développement de notre Collectivité.

Je ne reviendrai pas sur les explications que j’ai développées lors du débat d’orientations budgétaires : le budget que vous nous proposez n’est pas à la hauteur des risques soulignés par le rapport Klopfer.

Sans doute n’y a-t-il pas de solution miracle pour tout à la fois développer les services offerts à la population et modérer les charges que doit supporter le budget.

Mais à défaut de solution miracle, ce que ne nous demandent d’ailleurs pas nos concitoyens, il existe des solutions politiques.

Une étude menée par l’Association des grandes villes de France l’année dernière (mai 2006) et portant sur les « charges de centralité » des grandes villes a montré que Reims supportait des surcoûts de fonctionnement de ses services publics dans tous les domaines.

Je rappelle que les « charges de centralité » correspondent au déficit de fonctionnement d’un équipement dont le coût est supporté par le seul budget d’une ville alors que ses usagers proviennent de toute l’agglomération, voire au-delà de celle-ci.

Il existe un moyen de diminuer de telles charges : c’est le développement de l’intercommunalité, à la fois dans l’espace, en intégrant plus de communes dans la Communauté d’agglomérations et quant aux compétences exercées par celle-ci.

Or votre gestion autocratique de l’intercommunalité rémoise depuis 20 ans n’a fait que susciter la méfiance tant des communes membres de cette intercommunalité, que des communes extérieures à celle-ci, qui, en conséquence se sont organisées contre elle.

Nous n’avons donc aujourd’hui qu’une Communauté d’agglomérations a minima, à la fois quant à l’espace qu’elle couvre et quant aux compétences qu’elle exerce.

Ce n’est pas la seule, mais c’est l’une des raisons des difficultés budgétaires que nous rencontrons.

La seconde particularité de ce budget, c’est qu’il est le dernier de votre mandature. Il marque donc le début d’une nouvelle période, celle du bilan de votre action et de l’action de votre majorité.

Je vous rassure immédiatement, je ne vais pas procéder à l’intégralité de ce bilan aujourd’hui. Nous avons pour cela encore bien des conseils municipaux jusqu’à la fin du mandat.

Mais s’agissant du budget, un constat s’impose dès ce soir : depuis le début de votre mandat, la hausse des impôts supportés par les Rémois a dépassé au total 25 %. C’est une hausse de plus de 25 % de l’un des impôts les plus injustes, l’impôt local dont les bases sont les mêmes qu’en 1970.

L’indice des prix entre 2001 et aujourd’hui a connu une hausse de  10,86 %. Aujourd’hui, vous proposez une nouvelle hausse des impôts. Après un vote de votre majorité UDF-UMP, la hausse de la taxe d’habitation de notre ville sera à plus de 25 % alors que la moyenne pour les grandes villes de France n’est que de 19 %.

Au passage, notons un double paradoxe : d’une part, la droite UMP-UDF est contre les hausses d’impôts lorsqu’il s’agit des impôts sur le revenu, qui sont pourtant les plus  justes, mais elle augmente sans hésitation les impôts locaux, ceux dont les bases sont précisément les plus injustes. D’autre part, la droite locale, vous-même et votre majorité, Monsieur Schneiter, justifiez ces augmentations par un désengagement de l’Etat, Etat que vous soutenez pourtant au plan national.

Qu’il ait été nécessaire d’augmenter partiellement les impôts locaux, c’est possible. Mais la véritable question sur le plan politique est la manière dont les fonds publics sont employés.

Nous connaissons tous les préoccupations de nos concitoyens : l’emploi, le logement, l’école, le cadre de vie.

Dans un contexte de difficulté économique et de pénurie budgétaire, c’est prioritairement dans cette direction que doit donc se déployer l’action publique. La dépense publique doit être avant tout une dépense utile, chaque euro dépensé doit être un euro utile…

A cet égard le constat des Rémois est double : c’est celui d’un certain gaspillage de l’argent public d’une part, celui de l’indifférence à leurs préoccupations d’autre part.

Au sujet du gaspillage de l’argent public, je ne prendrai ce soir que deux exemples.

Le premier exemple est celui de la reconstruction du Stade. Vous vous souvenez, Monsieur Schneiter, que nous avions sur ce point lors de la campagne de 2001 eu un débat assez vif. La gauche proposait la reconstruction d’un grand stade derrière la faculté des sciences. Ce projet avait plusieurs mérites : les travaux pouvaient, comme à Sedan, être menés rapidement et pour un coût maîtrisé. L’accès à ce nouveau stade pouvait se faire sans difficulté, y compris de l’extérieur de Reims. Le stationnement était possible sans frais en utilisant le parking du centre des expositions.

Vous avez préféré la solution de la reconstruction sur place. Or aujourd’hui, quel est le bilan de cette décision ? Cinq ans plus tard, la construction du stade n’est toujours pas achevée et elle n’est pas près de se terminer puisque le chantier est aujourd’hui abandonné. Le coût du projet est aujourd’hui supérieur de 77, 39 % au coût annoncé aux Rémois en 2001.

En un mot l’on peut dire que grâce à votre obstination sur ce dossier, les Rémois ont un demi-stade pour le prix de deux !! C’est ce que l’on appelle de la  bonne gestion…

Le second exemple est celui du site propre de Croix-Rouge. A grands frais pendant plusieurs mois, notre Collectivité a fait des travaux pour réaliser un site propre que devaient emprunter les bus depuis le carrefour Franchet d’Esperey jusqu’à l’extrémité du quartier Croix-Rouge. Une partie du trajet a été réalisée, de nouveaux éclairages ont été installés, ceci jusqu’au campus universitaire. Puis les travaux ont été stoppés au motif qu’avec la réalisation du tramway tout devrait être cassé, les nouveaux éclairages supprimés etc. etc.

Quel est le bilan désastreux de cette opération ? D’une part l’argent public a été gaspillé. D’autre part les habitants de Croix-Rouge ont depuis, l’impression de vivre au milieu d’un chantier inachevé.

Ce dernier exemple permet de faire une transition avec l’autre constat des Rémois, celui de l’indifférence de la politique que vous menez au regard de leurs véritables préoccupations.

Là encore les exemples sont nombreux ; je ne veux pas ce soir être exhaustive et je n’en prendrai qu’un seul, qui correspond à un problème majeur pour nos compatriotes, celui du logement et du cadre de vie.

Sans doute le problème n’est-il pas spécifique à Reims ; mais il se pose chez nous avec une acuité particulière.

Les habitants disposant de revenus moyens ne peuvent plus trouver de logements à acheter sur Reims. Ils se trouvent obligés de partir, de chercher des maisons dans un espace sans cesse plus éloigné de la ville. Conséquence pour notre ville : elle perd des habitants, des clients pour ses commerces, des enfants pour ses écoles, des contribuables pour alimenter son budget.

Les Rémois les plus modestes quant à eux n’ont même pas le choix. Ils sont très nombreux à Reims à ne pouvoir habiter qu’en logement social. L’absence de mixité sociale, la concentration de l’habitat social dans quelques quartiers donnent à ces habitants l’impression d’être relégués, voire parfois, ils nous le disent, d’être « assignés à résidence ».

Sans doute y-a-t-il, à grands renforts médiatiques, des opérations de rénovation urbaine, comme celle qui a lieu à Wilson.

Mais son bilan est plus que mitigé : lancées sans concertation avec les habitants, elles les ont souvent heurtés parce qu’elles considèrent comme négligeables leurs souvenirs et leurs liens de voisinage. Déplacés durant les travaux, ces habitants se sont vus promettre un retour rapide dans un quartier rénové, des immeubles neufs. La réalité est tout autre, seule la moitié d’entre eux  pourra y revenir.

Nos concitoyens ont le sentiment juste d’avoir été trompés et méprisés.

Au travers d’un budget, Monsieur le Maire, c’est une politique qui s’exprime, des choix qui s’affirment. Ce budget, le dernier, est à l’image des précédents. Il ne répond pas aux attentes des Rémois, il ne répond pas aux urgences sociales, il n’est pas à la hauteur des enjeux auxquels notre Collectivité doit faire face.

Pour cette raison, nous ne le voterons pas.

 

Réponse de J.L. SCHNEITER :

la dette : la Ville emprunte moins, on entame petit à petit la diminution ; beaucoup de choses ont été réalisées qui ne seront plus à faire ; pour le TGV, il n'y aura pas d'appel de fonds avant 2008 pour la 2e phase.

charges de centralité : la communauté rémoise a été construite il y a 40 ans avec le District de Reims ; beaucoup de communes ont eu peur des ces regroupements, ça date de bien avant mon autocratie comme vous dites !

impôts : il y a une part d'inflation de 1,8 % qui nous est imposée au niveau national, le 1 % supplémentaire c'est la Ville et c'est plus de services à la population.

stade : il ne considère pas que c'est du gaspillage ; si on l'avait reconstruit ailleurs, il aurait fallu acheter le terrain… D'ailleurs, le choix a été fait avec une partie de l'opposition lors de la dernière mandature.

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