12.09.2007

Le Plan Local d'Urbanisme (PLU) : quel modèle urbain pour Reims au XXIe siècle ?

Intervention de Adeline HAZAN lors du Conseil Municipal du mardi 11 septembre 2007 consacré au projet de PLU

 

Monsieur le Maire,

Vous soumettez au vote du Conseil municipal l’adoption du Plan Local d’Urbanisme.

Un Plan Local d’Urbanisme est un document d’apparence uniquement technique, dont l’intérêt peut sembler a priori limité ou réservé aux spécialistes (les juristes, les architectes et les constructeurs).

Mais en réalité, ce document technique doit être la traduction d’une vision stratégique du développement urbain, la définition du modèle urbain original que les responsables politiques de la Collectivité entendent développer.

En fait, au travers du débat sur le PLU, c’est d’un débat ou d’une vision du développement de l’agglomération rémoise pour les 10 ou 15 ans à venir dont il devrait s’agir.

Or le PLU que vous soumettez à notre vote, n’exprime, au-delà de ses dispositions techniques, aucune véritable vision stratégique ni aucune véritable prise en compte des impératifs de développement de notre agglomération.

Aujourd’hui, notre ville, en tant qu’espace urbanisé, souffre, comme beaucoup d’autres villes, de plusieurs maux dont les principaux sont une crise du logement, un environnement urbain et architectural de qualité limitée, une insuffisante prise en compte des impératifs du développement durable, une division de la ville en segments étanches.

Je vais aborder ces quatre points successivement.

 

         I) La crise du logement à Reims :

Nous voulons que Reims soit une ville dynamique et attractive, nous voulons que Reims soit le cœur dynamique et performant d’un territoire plus vaste, qui est celui de la Métropole rémoise. Avec l’arrivée du TGV, nous voulons aussi que Reims puisse accueillir des flux de population et d’entreprises venant du bassin parisien.

Pour cela, il faut rendre notre agglomération attractive et il ne peut y avoir attractivité sans résolution de la question du logement.

On sait (et ces chiffres sont rappelés dans le diagnostic du SCOT) que le nombre de ménages en 2006 était estimé à un peu plus de 120 000 alors que les premières  projections INSEE étaient à 127 000. On sait que Reims intra-muros a déjà perdu 3 000 habitants. Que si l’on veut atteindre les projections INSEE, c’est-à-dire 137 000 ménages en 2015, et enrayer la fuite démographique, il nous faut des apports migratoires important et donc une politique volontariste de développement du logement.

La question la plus importante est donc la suivante ; elle est d’ailleurs posée dans le diagnostic du SCOT : comment transformer le territoire de l’agglomération en territoire d’accueil et inverser les flux de population et d’entreprises ?

Or le document que vous nous soumettez ne propose aucune piste pour répondre à cette question.

A cet égard, je m’étonne d’ailleurs que vous nous soumettiez le PLU alors que le SCOT n’a pas encore été débattu en conseil municipal, il y a là une logique qui m’échappe…

Et précisément dans le document « Diagnostic territorial du SCOT (chapitre 1 page 45) il est indiqué qu’une  « gestion économe de l’espace et la recherche de la qualité urbaine passent impérativement par « un arbitrage » en faveur des densités urbaines, en rupture à la fois avec les « grand ensembles et avec les lotissements ».

Or vous ne donnez aucune indication à ce sujet, alors que cette question de la « densité urbaine » est fondamentale. Faut-il comme vous le faites, limiter systématiquement la hauteur des immeubles alors que précisément la ville manque de terrains pour y construire des logements ?

Il ne faut pas confondre la question de la densité urbaine et celle de la qualité de l’urbanisme. 

Ce dont souffrent nos quartiers, ce n’est pas d’une densité trop grande, mais d’une mauvaise qualité des immeubles et de l’absence des éléments qui tissent une ville (équipements, espaces publics, services, emplois…).

Concernant les difficultés à se loger pour les habitants, il faut distinguer les difficultés des habitants des quartiers dits « périphériques » et celles des « classes moyennes ».

Concernant les difficultés des habitants des quartiers périphériques, il faut rappeler que ces quartiers ont souvent été conçus entre 1950 et 1970 dans le cadre d’une urbanisation qui a montré ses limites, avec un vieillissement rapide du bâti et que l’on est arrivé à une véritable crise de ces espaces urbains.

Pour résoudre ces difficultés, la politique gouvernementale, relayée localement, consiste à démolir pour reconstruire différemment.

Nous avons déjà eu l’occasion de dénoncer cette politique, qui n’est pas la bonne réponse aux problèmes des quartiers. De nouveaux architectes urbanistes s’élèvent contre ce principe, l’un d’entre eux disait récemment que « casser est un acte paresseux et violent qui nie l’histoire et les gens qui vivent dans les quartiers ».

Ce qu’il faut, c’est rénover les logements des habitants des quartiers, y introduire des commerces, de l’activité, de l’espace public aménagé, des équipements collectifs…

Aujourd’hui, il faut passer au stade de la qualité et faire de ces quartiers des véritables territoires au sens politique du terme, rassembler sur un projet avec des représentants élus et un véritable fonctionnement démocratique.

Difficultés donc pour les habitants des quartiers mais difficultés aussi pour les « classes moyennes »  pour se loger ; ces dernières ne peuvent pas accéder au logement social, mais leurs revenus ne leur permettent plus non plus d’acquérir sur Reims une maison ou un appartement.

La seule possibilité pour eux est donc de s’éloigner le plus possible de la ville pour aller peupler les zones pavillonnaires qui se développent en périphérie de tous les villages dans un rayon de 40 km autour de Reims.

Les conséquences de ce développement sont totalement nuisibles. D’abord pour Reims qui perd régulièrement des habitants, souvent les plus jeunes et les plus dynamiques ; nuisible ensuite pour l’environnement et la qualité de vie : pour ces personnes contraintes de vivre loin de Reims, mais qui y travaillent, la voiture, voire deux voitures par ménage, est obligatoire et ils restent néanmoins coupés des équipements culturels, éducatifs et commerciaux.

Personne d’entre nous sans doute ne souhaite voir se développer ces villes à l’américaine, ces banlieues interminables et monotones qui sont à l’opposé total de ce qu’est une vraie ville…

Il est de notre responsabilité, à nous, hommes et femmes politiques, de mettre en œuvre les dispositions permettant d’éviter ou de limiter de telles évolutions.

Or le PLU qui nous est proposé ne reflète aucune prise de conscience de votre part sur ce point.

Enfin, puisque la vraie question de fond est celle de la répartition de l’habitat dans l’espace, comment imaginer de réfléchir à un plan d’urbanisme strictement rémois, alors que le véritable territoire de développement de Reims dépasse très largement les frontières de la ville, et même celles de la Communauté d’agglomération ?

 

         II) Un environnement urbain et architectural de qualité limitée :

Reims a beaucoup souffert pendant la première guerre mondiale, et à la fin de la guerre, moins d’une dizaine de ses immeubles étaient intacts.

Ces destructions massives ont laissé des traces profondes dans l’inconscient collectif des Rémois, mais elles ont aussi permis qu’à l’occasion de la reconstruction de la ville se constitue un patrimoine architectural de qualité, celui auquel l’exposition consacré à l’art déco de l’an dernier a rendu, à juste titre hommage.

Je me souviens avoir noté une phrase, à l’occasion de cette exposition. Dans l’un des documents mis à la disposition du public, il était expliqué que la richesse architecturale de la reconstruction de Reims est due à la grande liberté laissée à la créativité des architectes.

Avec le PLU que vous nous proposez aujourd’hui, qui continue d’ailleurs ce que prévoyait déjà le POS, une telle créativité est pratiquement impossible, en tout cas limitée. Je pense en effet qu’il n’est pas utile qu’un PLU définisse de manière aussi étroite qu’il le fait des gabarits pour les constructions. Il s’agit là d’une mesure très bureaucratique qui ne peut aboutir qu’à l’uniformité de l’environnement urbain, donc à sa monotonie.

Nous ne devons pas avoir une vision conservatrice du développement urbain.

Une ville est un corps vivant, en continuelle reconstruction sur elle-même. S’il faut conserver les éléments les plus remarquables de son patrimoine et de son histoire, il faut aussi l’ouvrir enfin sur le 21ème siècle.

 

         III) L’insuffisante prise en compte des impératifs du développement durable :

Le développement durable est aujourd’hui un impératif reconnu par tous ; mais cette reconnaissance se limite bien trop souvent au discours, sans se traduire dans les actes.

Or la préoccupation du développement durable, si elle est présente dans le texte du PLU, ne se traduit pas véritablement par des dispositions effectives.

Il faut avoir aujourd’hui à l’esprit ces chiffres : l’habitat produit 23 % des gaz à effet de serre, et consomme 45 % de l’énergie, loin devant l’industrie et les transports.

La responsabilité des politiques est donc de promouvoir les formes d’urbanisation qui limitent les atteintes à l’environnement et favorisent le développement durable.

Nous devons donc en toutes circonstances faire le choix de la HQE (Haute Qualité Environnementale), limiter au maximum la spécialisation des espaces urbains pour favoriser le mélange des activités, multiplier les espaces réservés aux piétons et aux vélos.

Reims manque aussi d’espaces verts, de lieux de promenades pour les familles ; la coulée verte est un projet que nous soutenons, mais qui peut être beaucoup plus ambitieux. Beaucoup de pistes sont à étudier pour augmenter le nombre de ces espaces.

Je voudrais sur ce point faire une proposition : d’ici trois ans, l’autoroute A4 dans sa traversée de Reims perdra son statut autoroutier pour devenir une voie intercommunale. Je propose que soit mise à l’étude la couverture de l’autoroute dans sa traversée de Reims, par exemple entre le pont de Vesle et le pont de Venise.

Ainsi pourrait être réalisé un vaste espace de promenade reliant la Vesle et le canal, et traversé par la coulée verte.

Je sais qu’une telle réalisation est coûteuse, et c’est pourquoi je ne parle à ce stade que de mener une étude. De nombreuses villes le font, ce serait l’occasion pour nous d’avoir de l’ambition et de l’imagination pour notre ville !

 

         IV) Une ville divisée :

Reims est une ville qui apparaît aujourd’hui fractionnée, divisée, compartimentée

Le centre-ville concentre les commerces, les services, les équipements, notamment culturels. Il est physiquement coupé d’une grande partie des quartiers par les obstacles que constituent la ligne de chemin de fer, le canal, la Vesle, l’autoroute…

Symboliquement, ces obstacles renvoient aux fractures économiques et sociologiques auxquelles ils correspondent malheureusement assez largement et qu’ils renforcent effectivement.

Tous les obstacles physiques ne peuvent être supprimés. Je viens cependant de formuler une proposition, s’agissant de l’autoroute, qui devrait permettre que l’un d’entre eux soit atténué.

Mais à défaut de les supprimer, il faut dans notre ville plus de mixité sociale et plus de circulation entre les quartiers.

Les Rémois vont de leur quartier au centre, mais peu vont de leur quartier à un autre quartier, ou du centre dans un quartier.

Pour qu’une circulation entre les quartiers s’instaure, sans laquelle il n’y a pas de vraie ville, il faut répartir les équipements sur l’ensemble de la ville, ce que ne prévoit pas le PLU.

Il faut aussi, nous l’avons souvent évoqué, que la réhabilitation d’un quartier n’aboutisse pas à ce que la moitié des habitants en soit exclus par suite d’une forte hausse des loyers, comme cela est le cas pour le quartier Wilson.

Enfin, je constate qu’une fois de plus les habitants n’ont été que peu impliqués dans la révision du PLU, même si ce document a été présenté en séance plénière des Conseils de Quartier, et même si un registre a été mis à leur disposition à la Mairie.

Il faut vraiment imaginer d’autres façons d’impliquer les habitants et de les faire réfléchir à la ville qu’ils veulent pour demain que ces mesures trop bureaucratiques, elles aussi, et peu attrayantes.

Un architecte réputé, Patrick BOUCHAIN, qui a réalisé un espace culturel à Nantes, a déclaré : « la ville se construit par osmose pas par décret ».

A méditer…

 

Voilà quelques-unes des priorités politiques que j’aurais souhaité trouver dans ce PLU.

Aucune ne s’y trouve, alors que nous, notre ambition, c’est de donner à notre ville un rôle pionnier dans l’invention d’un modèle urbain original et durable.

On en est loin…

C’est pourquoi, nous ne voterons pas ce PLU.

 

Adeline HAZAN

11 septembre 2007

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